04 juillet 2008
Réaction

Le jour n'était pas tout à fait levé lorsque Jimmy se réveilla le lendemain matin. Après un passage par la salle d'eau il descendit à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Il y trouva Jeanie et Martin déjà attablés. Ce dernier avait préparé une assiette de tartine beurrée à la confiture. Jimmy en mis plusieurs sur une assiette et s'assit avec eux.
- Bien dormi ?
- Ouais merci Jeanie. Et vous deux ?
- Bien bien, répondit-elle
- Pareil, dit Martin.
- Cool.
Pas folichon les conversations.
Enfin au moins ici il n'y avait a redouter aucune empoignade. Des bruit de pas dans les marches les avertirent qu'Aline était levée elle aussi.
- Salut la compagnie, lança-t-elle en marchant directement sur le plat de tartine. Qui c'est qu'à fait le p'tit dèj ?
- Moi.
- Martin.
- Martin.
Dirent-ils en choeur.
- Okay, merci vieux.
- J'suis pas vieux, soupira Martin.
- Si tu continues à tirer cette tronche là dès le matin ça va pas tarder, se moqua-t-elle gentiment.
Elle saisit une soucoupe, posa dessus deux tartines et mordit dans une troisième en s'approchant de la table.
- A four aujrui ? demanda-t-elle à Jimmy en continuant de manger.
Il la regarda, l'oeil rond. Déjà qu'il n'était pas une foudre de guerre au réveil, si en plus elle se mettait à parler une autre langue...
- Euhh... Un four aux fruits ? Non j'ai pas ça désolé.
Aline éclata de rire. Elle voulu mettre une main devant sa bouche pour éviter l'incident diplomatique (un bombardement de pain mâché aurait fait mauvais genre) toutefois ses deux mains étant déjà occupées, l'une tenant l'assiette et l'autre une tartine, l'entreprise s'acheva par une tâche écarlate et gluante juste au-dessus la poitrine. Elle grogna sans pour autant s'arrêter de rire et se dirigea vers l'évier.
- Est ce que tu as cours aujourd'hui, gros nigaud, reprit-elle par dessus son épaule pendant qu'elle ôtait toute trace de sa bévue d'un bon coup d'éponge humide.
- Aaaah. Euh oui, cet aprèm.
- Cool, alors tu viens avec moi ce matin.
- On peut savoir où ?
- Aux boutiques.
- Me dit pas que tu veux faire les magasins, pas toi ?
- J'veux un téléphone. J'ai économisé, j'ai assez pour me le payer.
Jimmy soupira. Aline revint se planter près de lui pour finir son petit déjeuner.
- Prends ma place si tu veux, lui dit Jeanie. J'ai fini.
- Et t'as besoin de moi pour ça ? demanda Jimmy à Aline
- Nan nan merci mais pas le temps, répondit-elle à Jeanie. Dès que j'ai fini on y va. Pas vrai Jim ?

Il soupira derechef, mais cette fois ci un sourire se peignit sur son visage. Aline lui adressa un énorme clin d'oeil, puis engloutit en deux bouchées ce qui restait de son petit-déjeuner. Elle déposa l'assiette dans l'évier, ou plutôt elle jetta l'assiette dans l'évier, et monta aux pas de courses chercher Dieu sait quoi. Elle fut redescendu, main sur la poignée de la porte d'entrée, avant que Jimmy ait fini de débarrasser la table.
- Allez hop hop hop !
*
* *
Pendant ce temps là à la résidence, le réveil était nettement moins joyeux. Bénédicte, les yeux gonflés et le teint blême, se dirigea vers la cafétéria à travers un épais brouillard. Hans était déjà là. Encore en pyjama comme à son habitude.
- Salut.
- Lut.
- Oulalala t'as une de ces têtes ! Qu'est ce qui t'arrives ? Dit-il en se précipitant vers elle.
- Hans pas maintenant...
Alexandre entra à son tour. En un coup d'oeil il comprit que quelque chose allait de travers.

- Si si maintenant, insista-t-il à voix basse. Je vois bien que tu vas pas bien. T'as pleuré n'est ce pas ?
Bénédicte regarda la pointe de ses bottes sans répondre. Alexandre capta cette dernière phrase d'une oreille et jugea préférable de laisser Hans en tête à tête avec elle. Il la connaissait depuis toute gosse, il saurait sans doute comment gérer cette crise. Mieux que lui en tout cas. Lui qui n'était entrer dans sa vie que cette année.
Je fais un bien piètre frangin, se dit-il en allant s'asseoir.
- C'est Grégoyre ? demanda Hans à la jeune femme.
- Comment tu le sais ? rétorqua-t-elle du tac au tac avant de regretter d'avoir si vite donner confirmation.
Hans eut une grimace douloureuse.
- Une longue histoire. Mais toi d'abord. Racontes.
- Je l'ai surpris avec Line hier soir, dit elle en luttant pour refouler le chagrin qui cherchait à nouer sa gorge.
- Oh merde...
Elle planta son regard dans le sien.
- Tu le savais ?
Hans hésita à peine un quart de seconde.
- Je l'ai su hier aussi, un peu avant toi. Je suis allé trouvé Greg, on s'est engueulé.
- Tu... quoi ? Comment tu l'as su ?
Hans fit la moue, mais il n'avait pas l'intention de mentir. Il regarda par dessus son épaule et donna un coup de tête en direction d'Alexandre. Bénédicte suivit son regard.
- Mais...
- Lui aussi il est allez le trouver. Ça c'est mal passé.
- Depuis quand il le savait ?
- Pareil. Hier. Hier matin.
- L'un d'entre vous comptait me le dire un jour ou vous espériez que ça s'arrange tout seul ? gronda-t-elle.
Hans l'entraîna un peu à l'écart et lui narra toute l'histoire à voix basse. Comment Alexandre les avaient surprit dans la chambre, comment il avait prévenu Grégoyre qu'il ne lui laisserait qu'une journée avant tout dire, comment Alex lui avait appris et enfin comment lui-même s'était expliqué avec son frère. Elle écouta sans un mot, les yeux braqué sur le pavé, bras croisés. A la fin de son monologue Hans lui adressa un regard anxieux. Les moments de silence qui suivirent lui parurent des heures. Enfin elle le regarda et esquissa une ombre de sourire.
- Ok, dit-elle simplement. Je comprends. Je te crois. Je vous crois, reprit-elle en jetant un oeil vers Alexandre ; lequel de son côté les surveillaient à intervalle régulier. Ecoute j'ai besoin de prendre un peu l'air. J'vais aller faire un tour, on en reparlera plus tard d'accord ?
- Ok. T'es sûre que ça va aller ?
- Ouais. Ouais ça va aller...
Il eut un sourire triste et lui donna une petite accolade. Elle fit un petit signe de la main à Alexandre pour lever toute ambiguïté. Il parut soulagé et s'empressa de répondre, envoyant valser son verre de jus d'orange au passage. Rebecca, la chef cuistot, poussa une exclamation. Pendant qu'Alexandre se confondait en excuse, Bénédicte se dirigea vers l'entrée.
Line se tenait dans le couloir. Elle marcha droit vers la porte d'entrée sans la lâcher des yeux. Line, lèvres serrées, lui rendit ses oeillades hostiles.
- Arrête de me dévisager, cracha-t-elle à Bénédicte lorsque cette dernière arriva à sa hauteur.
- Nan mais tu manques pas de culot ! Tire toi d'ici espèce de garce !
- Sinon quoi ? Tu vas me frapper aussi, comme pour Grégoyre ?
- T'étais pas aussi réactive hier soir quand tu t'es débinée. Trouillarde. J'ai pas d'ordre à recevoir d'une truffe dans ton genre, barre toi de là avant que tu te la prennes cette baffe !
- Tu crois que tu me fais peur ? Ben vas y frappe sale gosse de riche, c'est tout ce que tu sais faire !
- Me tentes pas tu pourrais avoir des surprises...
- Ouais c'est ça, le mauvaiseté c'est tout ce qui te reste de tout façon.
- Ho ! Tu la lâches toi, t'en as assez fait je crois !
Bénédicte se retourna. Hans approchait. Alerté par les exclamations il était sorti de la cafétéria. Consciente du déséquilibre des forces, Line se détourna et sortit.

- Ça va Béné ?
- Ouais... Non... Merci...
Elle passa à côté de lui en trombe en s'en fut s'enfermer dans sa chambre. Hans, atterré, n'eut pas le coeur de retourner à table. Il regagna sa chambre et se coula sous une douche brûlante.
.
A peine une demi-heure après ce fut au tour d'Alexandre de faire une mauvaise rencontre. Alors qu'il était monté à la salle commune pour y prendre un volume de l'encyclopédie SimilopediaSimilopedia, il tomba sur Grégoyre. il fallait bien que ça arrive. Aux dernières nouvelles ils vivaient tous là.
- T'as pas pu t'en empêcher p'tit fouineur, explosa Grégoyre à peine eut il réalisé qui se tenait devant lui.
- De quoi tu parles ?
- Fait pas l'innocent !
- Hein ?
- C'est toi qu'a été baver à Béné ! T'avais dit que j'avais une journée, t'as pas de parole !
- J'ai rien dis du tout, arrête de psychoter, se défendit Alexandre.
- Alors comment elle l'a su ?
- Comment elle a su quoi ?
- Me fait pas croire que tu le sais pas !
- Mais QUOI bon dieu ?
- Elle m'a plaqué !
Alexandre ne put s'empêcher de lui rire au nez.
- Une fille intelligente comme elle ne pouvait pas rester éternellement avec un abruti congénital dans ton style, s'esclaffa-t-il.
- Tu l'y a bien aidé. J'croyais que tu voulais la ménager, on peut pas dire que t'y soit allé de main morte.
- Mais merde à la fin j'ai rien dit, je ne sais même pas ce que tu me veux là !?
- C'est pas toi qui a mouchardé que je voyais Line hier soir peut être ?
- Elle vous a surpris ? comprit-il enfin.
- Grâce à toi.
- Enfin comment j'aurais pu savoir ?
- Tu nous a entendu hier matin, tiens !
- Mais non je t'assure.
- Ouais ouais, je vais te croire...
- Si je te dis que non ! J'ai rien entendu et je lui ai rien dit. Tout ce que je savais avant qu'on se parle c'est que Béné avait l'air vraiment mal tout à l'heure. Je l'ai cherché pour savoir ce qui se passait mais je l'ai pas trouvé. J'ai été frapper à sa porte ça répond pas... Voilà. Je savais rien, nada, que dalle.
- J'en crois pas un mot. Personne d'autre que toi n'était mieux placé pour cafter. Ce peut être personne d'autre. Tu le payeras cher Gothik, j't'en fais la promesse ! Tu le payeras très cher...
Grégoyre dévala les escaliers et disparut. Alexandre éprouva une vague inquiétude. Puis il décida que ça n'avait pas d'importance et couvrit les deux derniers mètres qui le séparait de la bibliothèque. Toutefois tandis qu'il fouillait les rayonnages des yeux, il ne put cacher une nette agitation. Ce Grégoyre avait le don de lui taper sur les nerfs. Difficile de croire qu'Hans et lui partageaient les mêmes gênes. Il trouva l'ouvrage dont il avait besoin et s'en saisit d'un geste rageur. Il s'installa à un bureau proche et tâcha de maîtriser ses nerfs en inspirant et expirant profondément durant une quinzaine de seconde. Il se détendit un peu et commença ses recherches, mais il se promit de discuter avec Bénédicte dès que possible. La pauvre. Quel choc elle avait du avoir !




